Nager en eaux claires
Objet d'une surveillance pointilleuse, la qualité des eaux de baignade s'améliore considérablement en Europe. Mais l'absence de standardisation des méthodes de mesures microbiologiques a longtemps biaisé les bilans. Plusieurs projets européens de recherche ont tenté de mettre fin à cette cacophonie. Ils représentent de bons exemples de ce que pourrait devenir le volet "soutien aux politiques communautaires" de l'Espace Européen de la Recherche" lancé par le Commissaire Philippe Busquin.
A mauvais classement, mauvaise image. Redouté par les stations touristiques, le rapport annuel de la Commission européenne sur la qualité des eaux de baignades est devenu un classique du début de l'été. La dernière édition (portant sur l'année 1999) signale une amélioration constante de la qualité de l'eau dans les zones de baignade, tant au littoral que dans les rivières. En 1992, 84,9% des plages européennes étaient en conformité avec les critères de qualité (notamment du point de vue microbiologique) déterminés dans une directive de 1976. En 1999, ce chiffre a grimpé à 95,6%. Pour les eaux douces, le progrès est plus spectaculaire encore : 47,5% en 1992 et 90,5% en 1999.
Ce tableau optimiste est le résultat d'efforts constants des Etats membres et des recherches menées par les laboratoires avec l'aide de la Commission. Mais il demeure biaisé. Il n'existe, en effet, aucune standardisation des mesures microbiologiques réalisées dans les zones de baignades - et qui sont destinées à révéler d'éventuelles contaminations fécales. "La directive de 1976 reste vague sur les méthodes d'analyse à employer, de sorte que les laboratoires utilisent des méthodes très diverses. Les résultats ne sont pas entièrement comparables", explique Bert Van Maele, de la Direction générale Environnement.
Disparités et limites
Dès le début des années 90, l'Union a donc soutenu différents projets de recherche destinés, dans un premier temps, à évaluer les disparités existant entre les différentes méthodes utilisées et, dans un deuxième temps, à dégager une méthode standard sur laquelle tous les laboratoires concernés pourraient étalonner leurs propres analyses.
Autre inconvénient du système actuel de contrôle des eaux de baignade: il fonctionne essentiellement a posteriori. Les tests microbiologiques classiques prennent environ 36 heures pour rendre un résultat quantifié. Il est donc impossible d'imaginer une gestion des plages au jour le jour sur de telles bases. Le rapport pré-estival annuel de la Commission sur la qualité des eaux de baignade se base d'ailleurs sur une moyenne de mesures réalisées au long de la saison précédente à raison d'un prélèvement par quinzaine.
Dans ces conditions, seules des tendances lourdes sont appréhendées, de sorte que les conséquences des événements passagers peuvent passer totalement inaperçues. Un gros orage, par exemple, peut faire déborder les égouts d'une ville côtière pendant quelques heures et acheminer vers la mer des quantités importantes d'eaux souillées. Les deux ou trois jours qui suivront peuvent être caractérisés par une très forte augmentation de la teneur en microbes fécaux dans les eaux de baignade. Cette augmentation passera éventuellement totalement inaperçue si aucune mesure n'est relevée durant cette courte période. "Nous ne disposons d'ailleurs pas actuellement des moyens techniques permettant une gestion instantanée des problèmes de contaminations microbiologiques, précise Tristan Simonart, chercheur à l'Institut Pasteur de Lille (FR). Les tests n'existent pas. Il faudra encore attendre plusieurs années."
Prédiction et variables
De nombreuses études sont en cours pour mettre au point des modèles informatiques capables de prédire la qualité des eaux en fonction d'une grande variété d'influences possibles : hydrographie, météo, capacité des stations d'épuration, population, configuration des égouts, etc. "Le but de ces modèles informatiques est d'anticiper la dégradation de la qualité des eaux de baignades et de fermer, au besoin, certaines plages préventivement", fait remarquer Eddie Maier, responsable scientifique à la DG Recherche.
En juin 1997, la Commission européenne a organisé un atelier scientifique sur ce thème à Sitges (Espagne). Les experts ont conclu qu'une approche a priori était "techniquement réalisable" et constituerait un "instrument valable et peu coûteux dans beaucoup de cas" en appui d'une directive sur la qualité des eaux de baignade.
Dans sa récente communication Elaborer une nouvelle politique des eaux de baignade, la Commission constate que ces "recherches ont donné d'assez bons résultats quand il s'agit de modèles pour des bassins hydrographiques de petites dimensions ou qui ne sont exposés qu'à un petit nombre de sources potentielles de pollution distinctes. Cependant, seuls des modèles de prévision sophistiqués sont enviseagables pour des zones de baignades étendues et exposées à de multiples sources potentielles de contamination. Ces modèles pourraient être réservés aux stations balnéaires les plus importantes. Les étendre à l'ensemble des zones de baignade relève de l'utopie."